Thibaud le Grand.
Thibaud IV de Blois-Chartres, Thibaud II de Troyes-Meaux.
Né en 1093, mort à Lagny en 1152. Fils aîné d’Etienne-Henry, comte de Blois et de Meaux, et de la fille de Guillaume le Conquérant, Adèle, il aurait pu, à plus juste titre que son cadet Etienne, revendiquer le trône d’Angleterre à la mort de son oncle Henri Ier Beauclerc. Il se contente de reconstituer la puissance de la maison de Blois-Champagne en rassemblant, sous le vocable Thibaud IV, les comtés de Blois et de Chartres hérités de son père (1102), et, sous le vocable Thibaud II, ceux de Troyes et de Meaux (qui commencent à être désignés comme « comté de Champagne ») que lui lègue en 1125 son oncle Hugues.
Le patrimoine se divise à nouveau à sa mort : de son épouse Mathilde de Carinthie, il a trois fils, Henri le Libéral comte de Champagne, Thibaud V comte de Blois, et Guillaume aux Blanches Mains qui sera archevêque de Reims. Sa fille Adèle épouse Louis VII, le 13 novembre 1160, et sera la mère de Philippe Auguste.
Thibaud le Grand a joué un rôle important dans plusieurs domaines. C’est sous son règne, et en grande partie grâce à son initiative, que les foires de Champagne ont pris leur essor et leur forme durable ; il a développé le « conduit », garantie de sécurité accordée aux marchands, en intervenant même contre les brigandages dont ils étaient victimes hors de ses terres.
Thibaud est aussi responsable de la qualité du denier de Provins, monnaie dominante en Occident dans la seconde moitié du siècle ; c’est un autre élément décisif dans l’essor du commerce champenois. Le rassemblement entre les mains du comte d’une vaste principauté a sans doute été un facteur décisif dans le succès des foires, par la puissance qu’acquérait ainsi leur protecteur. Thibaud a enfin contribué à doter la Champagne d’une administration, en multipliant les prévôts qui représentent localement le comte, et il a fait régner partout la paix.
A sa mort, son fils aîné, Henri, choisit la Champagne comme part d’héritage, alors que l’ensemble Blois-Chartres était traditionnellement attribué aux aînés.
Thibaud s’est d’autre part illustré par une politique hostile au roi de France, son suzerain, et par son alliance presque permanente avec la monarchie anglo-normande. On ne le voit qu’à deux reprises répondre aux convocations de l’ost royal (en 1109-1111 et en 1124), le reste du temps il est parmi les ennemis du roi. De 1109 jusqu’à la mort de son oncle Henri Ier d’Angleterre, il ne cessera pratiquement pas de s’opposer à Louis VI, par la diplomatie et souvent par les armes. Il sera même excommunié en 1115 pour avoir capturé un fidèle du roi, le comte Guillaume de Nevers, au retour d’une expédition contre Thomas de Marle. Un des grands desseins de Suger, qui avait noué avec Thibaud des liens d’amitié, était de faire cesser cette hostilité et il y parvint en 1135. Un dernier conflit, particulièrement violent, éclate sous Louis VII, qui ravage et occupe en partie la Champagne en 1142-1144. Tout le monde a en mémoire la destruction par le feu de l’église de Vitry-en-Perthois, dans laquelle s’étaient réfugiés les habitants du village, qui y trouvèrent une mort affreuse, dans l’hiver 1142-1143 par l’armée royale. Et seule l’intervention de Bernard de Clairvaux parvient à éviter à Thibaud un désastre complet. Le comte était en effet un grand protecteur des Cisterciens et son règne coïncide avec l’expansion cistercienne, dont la Champagne est le champ d’élection. D’autres ordres religieux s’implantent aussi dans le comté, toujours avec l’appui de Thibaud, tels Fontevrault et Prémontré.