• Le château de Thouars à Talence.

     


    Le château et le domaine de Thouars occupent en partie  l’emplacement de l’ancienne bastide de Baâ, fondée à la fin du  XIIIe siècle dans la forêt royale par l’évêque de Bath. Elle était un des symboles de la puissance anglaise en Guyenne sous Edouard III d’ Angleterre. Le domaine était alors la propriété de Robert Burnell, nommé évêque de Bath en 1275. En  1286, Édouard Ier  (1239-1307), roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, décide de créer une bastide dans la forêt royale de Talence.

    La construction dure du 10 février 1287 au mois de juin 1288. Pour diverses raisons, cette bastide, nommée Baâ, périclite rapidement. Au XIVe et XVe siècle, un pavillon de chasse servant de rendez-vous de chasse aux rois d’Angleterre fut édifié.
    Anoblie et fortifiée, deux tours subsistent des quatre de la construction primitive, la demeure devint seigneurie  au XVIe siècle.
    Selon une tradition rapportée par des historiens de la fin du 18e et du 19e siècle (Baurein et Guillon principalement), le château de Thouars ou castellum Toarcis était le lieu où les rois d’Angleterre allaient prendre le plaisir de la chasse du temps où la Guyenne appartenait aux Plantagenêts. Un château a pu être édifié à proximité de la bastide de Baâ qui ne connut qu’une brève existence aux XIIIe et XIVe siècles.
    On peut aussi imaginer que le nom du château de Thouars viendrait de seigneurs vicomtes de Thouars, dans l’actuel département des Deux-Sèvres.
    En effet le 12 février 1407, est mentionné sur le registre de la jurade de Bordeaux, la liste « deus senhors Frances qui eran au ceti de Borg » (des seigneurs Français qui sont dans la cité de Bordeaux), on y voit « lo besconte de Toartz, s( enhor) d’Anboysa » (Amboise). Or ce «besconte» descend d’une illustre famille dont la vicomté a été créée, au IXème siècle, par les comtes du Poitou, ducs d’Aquitaine, ancêtres d’Henri II. Le premier vicomte de Thouars connu est Geoffroi Ier en 876. On sait qu’Isabelle/Isabeau de Thouars a épousé, en secondes noces, entre juillet 1357 et le 21/02/1358, Ingelger Ier d’Amboise dit «Le Grand». Leur fils Pierre II d’Amboise (†1424/1425) est titré vicomte de Thouars également, ainsi que le neveu de ce dernier, Louis d’Amboise, mort à Thouars, dans le département des Deux-Sèvres actuel, le 28 février 1469.
    Au XVe siècle les propriétaires connus furent Bernard de Lesparre, son fils Lanselot, puis le noble François Vacquier.
    C’est alors qu’apparaît la famille d’Agès, connue à Bordeaux depuis le tout début du XVe siècle. Elle est du parti anglo-gascon. Bertrand d’Agès a participé à la « male jornade » du 1er novembre 1450, puis à la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453. Fait prisonnier, il mourut peu après en captivité à La Rochelle. Les biens de la famille furent confisqués et remis à Jehan Bureau, trésorier de France, qui les céda à Louis XI. Celui-ci les restitua à la famille d’Agès en 1462, mais un long procès, qui les opposait aux Albret, dura 32 ans avant qu’ils puissent jouir à nouveau de leurs biens.
    Le 24 juillet 1505, anoblissement de la maison de « La Mothe de Thouars »  qui se transforme en maison forte. Pierre II d’Agès (écrit Dagès), seigneur de Saint-Magne, panetier ordinaire du roi en 1501, devient seigneur de la maison de Thouars. Il est sous-maire de Bordeaux.
    Marié à Demoiselle Philippa de Saint-Gelais, il est vassal des « seigneurs jurats » de Bordeaux, auxquels il rend hommage.
    A partir de 1502, la famille va connaître une rapide ascension en la personne de Pierre II. Panetier ordinaire du roi en 1501, il est admis à la Cour puis assume, à partir de 1525, des ambassades importantes. Le 18 juin 1530 Louise de Savoie, la mère du roi François Ier, dut s'arrêter à Thouars où la maladie l'immobilisa.
    Le 11 juillet 1530, c’est Thibaud d’Agès qui reçoit la reine Éléonore de Habsbourg, dite d’Autriche (1498-1558), seconde épouse de François 1er et les deux enfants du roi qui reviennent d’Espagne. La reine est la sœur aînée de Charles Quint. Pierre II d'Agès reçoit en effet à Bordeaux la reine Eléonore d’Autriche, épouse de François Ier, et ses fils. Il est sous-maire à Bordeaux à plusieurs reprises. En 1544, des documents conservés aux Archives départementales de la Gironde révèlent qu’il fit entreprendre l’édification de divers bâtiments sur ses terres de Thouars. Il confie les travaux à deux maçons Guillon de Brey et Jacques Ardoyn moyennant 9 sols tournois par brasse de muraille, une pipe de froment, une barrique de vin, un pourceau, des fagots et du bois, le logis et un demi-boisseau de fèves. Le chantier occupa alors 12 ouvriers.
    En 1556, le fils du propriétaire de la maison noble de Thouars est poursuivi pour crime d’hérésie.

    En 1551 et 1554 : Pierre d’Agès est qualifié seigneur de Saint-Magne, Thouars et La Motte Saint-Sulpice (actuelle commune de Saint-Sulpice-et-Cameyrac).
    En 1557, René d’Agès succède à Pierre II. René d’Agès est mentionné « seigneur de Touars et de la Motte-Saint-Sulpice » dans un acte de juin 1561.Toujours en grande faveur à la Cour, il reçoit entre le 3 et le 9 avril 1565, Charles IX et le futur Henri IV. Mais René d’Agès est inquiété un certain temps en raison de l’aide qu’il apporta aux Protestants. Toutefois ses relations étouffèrent rapidement cette disgrâce. Au XVIIe siècle, l’histoire de la maison noble de Thouars est complexe.
    En 1587, Henri IV, roi de France, aurait séjourné au château.
    En 1623, la seigneurie est cédée par « adjudication judiciellement faicte aux Requestes du Pallais du Parlement à Bordeaux » à dame Anne d’Olive. Cet acte marqua le début d’interminables procès. Thouars resta aux héritiers de François d’Agès qui continuèrent à se disputer le domaine. En 1629 « les sieurs d’Ages avaient fait une assemblée dans la maison de Thouars de 25 à 30 gentilhommes et de 50 à 60 soldats armés de pistolets, arquebuses et mousquets… ». En 1637, un acte décida que le domaine restait indivis. Puis on recommença à plaider pendant près de 50 ans. En 1684, Eleonor d’Agès gagna ce long procès et rendit hommage pour la baronnie de Thouars. En 1692, la seigneurie fut acquise par Jacques Demons « conseiller du roi en la Cour de Parlement de Bordeaux et commissaire aux requêtes du Palais ». Il meurt en 1720 « dans sa maison, sur les fossés du Chapeau Rouge ». Du vendredi 17 mai 1720 : Mme la présidente de Gourgue [Marie de Mons, épouse de Michel-Jean de Gourgue] a accouché à midi dans sa maison de campagne de Thouars d'une fille [Marie], très heureusement (Mémorial de Labat de Savignac). Pendant une cinquantaine d’années, les documents font défaut. C’est cependant au cours de cette période que l’on peut situer d’une part des projets d’aménagement du parc : création de boulingrin dont les dessins sont conservés aux Archives municipales de Bordeaux et décoration d’une fontaine par une statue de Vénus debout sur une coquille et d’autre part, l’édification de la façade nord, plaquée sur une courtine beaucoup plus ancienne. En 1771, messire Michel-Joseph de Gourgues, président au Parlement de Bordeaux achète Thouars par contrat.
    Le domaine est acquis en 1771 par le président Lalanne qui meurt en 1774. Ce qui voudrait dire que M.-J. de Gourgues l’aurait acquis puis s’en serait dessaisi immédiatement ( ?). L’exécuteur testamentaire du président Lalanne est le chevalier Le Comte, captal de La Tresne. M. Ferrus décrit la cérémonie d’hommage que le captal rendit aux jurats bordelais, le 12 juillet 1777. « Il reconnaît tenir Thouars et ses dépendances, s’étendant sur les paroisses de Talence, Gradignan et Villenave dans les juridictions et comté d’Ornon, sous la redevance d’un épervier volant d’hommage tous les 29 ans. N’ayant pu se procurer l’épervier, il prie les seigneurs d’accepter, au lieu et place de l’oiseau, une paire de gants brodés. » Après la mort du marquis de La Tresne en 1782, son héritier « chevalier de Malthe » conserve quelques années le château puis il le cède à M. de Galatheau. Celui-ci le vend en 1788 pour 50 000 livres tournois à Mr Jean Tarteiron de Saint Remi, membre d’une famille protestante, originaire du Languedoc, qui avait bâti au XVIIIe siècle une grande fortune dans l’armement. Cette vente entre une famille de parlementaires et une famille de négociants illustre bien l’appropriation des grands domaines par le négoce avant la Révolution. Le début de la Révolution fut marqué par un événement typique de cette période : les paysans envahirent le château, s’y livrèrent au pillage et firent un autodafé du lit où Charles IX avait couché. En 1795 est percée à travers le bois de Thouars la première route joignant Talence à Villenave-d’Ornon. En 1822, Jean Tarteiron est inhumé dans sa propriété de Thouars. Jean Tarteiron laisse à sa mort en 1822 une succession de 364.458 F. Elle comprend 50.458 F de biens mobiliers, deux maisons et une écurie à Bordeaux (89.000 F), son domaine de Thouars (80.000 F) et un domaine à Saint-Estèphe (145.000 F). En 1835, Mme Tarteiron fit relever les tours du château. Celui-ci devint ensuite la propriété de Charles Balguerie en 1859. Les Balguerie firent appel à l’architecte Pierre-Charles Durand. Les travaux de restauration en firent un château « mi-gothique, mi-moderne, ce qui constitue un amalgame bizarre » (Aurélien de Sarrau). Puis la marquise du Vivier (Madeleine Lawton ?), mentionnée en 1913 lors de la description d’une stèle grecque découverte dans le parc du château, et Théodore d’Ornellas furent les propriétaires suivants. Durant la Grande Guerre, le domaine a été réquisitionné par les Anglais qui l’ont transformé en hôpital de campagne. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands l’ont réquisitionné à leur tour. En 1957, la ville de Talence se porte acquéreur du domaine de 70 hectares et du château pour la somme de 70 millions d’anciens francs. En 1958, elle accorde trois hectares et demi au Comité du logement des Anciens Combattants et Victimes de Guerre qui y édifie 87 maisons abritant 350 personnes. Talence compta ainsi un nouveau quartier : celui de Thouars.
    Jusqu’en 1981 le château abrite un hospice de vieillards.
    La bâtisse a été rénovée en 1999.
    Le château abrite aujourd’hui une pépinière d’entreprises ainsi qu’un lieu d’accueil parents-enfants.


     


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  • Guillaume le Maréchal, le "meilleur chevalier du monde".

    Guillaume le Maréchal,

    comte de Striguil
    et de Pembroke.


    Ce personnage a été sorti de l’ombre et médiatisé en France par Georges Duby il y a une trentaine d’années.
    Le récit de la vie de Guillaume le Maréchal nous est parvenu dans un manuscrit unique, cent vingt-sept feuilles de parchemin, du à un trouvère dénommé Jean. Paul Meyer procura de l’Histoire une édition en trois volumes publiés pour la Société de l’Histoire de France en 1891, 1894 et 1901. Plus tard, en 1933, parut à Baltimore l’ouvrage de Sydney Painter « William Marshal, knight-errant, Baron and Regent of England ».
    C’est d’abord à Radio France dans la série des « Inconnus de l’histoire », cent-vingt-trois émissions diffusées sur France Culture entre octobre 1981 et avril 1984, que fut évoquée la vie de Guillaume le Maréchal, puis le livre de Georges Duby paru à la fin de l’année 1984 « Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde » vint parachever cette résurrection.

    Alors qui fut ce Guillaume ?
    Il naquit en 1147. Cadet issu d’un lignage modeste qui a fait souche en Angleterre après la conquête normande, il doit son nom de famille à certains de ses prédécesseurs qui ont occupé l’office de maréchal des rois anglo-normands.
    La dignité de Maréchal d’Angleterre, créée par les rois anglo-normands, fut héréditaire dans cette famille qui, de cette, fonction, tira son surnom de Marshal.
    Le père, Jean, le grand-père, Gilbert, furent aussi « Maréchal » comme Guillaume. Gilbert avait rempli cette fonction auprès du roi d’Angleterre, Henri Ier.
    Mais il est aussi, par sa mère, le neveu du comte Patrice de Salisbury. Après avoir fait son apprentissage militaire dans la maison de son cousin Guillaume de Tancarville, il est armé chevalier vers 1167.

    Dès lors, durant plusieurs années, il cherche fortune et notoriété dans les tournois que l’aristocratie de la France du Nord organise. Et lorsque Jean  le Trouvère traite des années 1173-1183, il ne parle à peu près que de tournois : sa biographie de Guillaume en cite seize ! Presque toujours victorieux !
    Au service des Plantagenêts (le roi Henri II, son fils aîné Henri le Jeune puis les cadets Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre), Guillaume manœuvre pour rester loyal à des hommages multiples en dépit des intrigues qui déchirent ses suzerains. Guillaume entre en contact en 1185 avec les Templiers, lors d’un pèlerinage en Terre sainte. En 1189, sa fidélité aux Plantagenêts lui vaut l’octroi par le roi Richard de la main d’une très riche héritière, Isabelle de Clare, fille du comte de Pembroke Richard Strongbow, et petite-fille du dernier roi de Leinster Dermot Mac Murrough, dont la fille, Aoife, fut « donnée » à Richard de Clare. Ce qui fait qu’Isabelle, de par sa mère, possédait presque le quart de l’Irlande ! Par ce tardif mariage, Guillaume accède au rang des barons qui dominent le royaume et acquiert progressivement les éléments du pouvoir politique. Il fut créé comte de Pembroke le 27 mai 1199, jour du couronnement de Jean sans Terre. Un seigneur de la région de Londres, Robert Fitzgautier, se réfugia en France en 1212. Il devait se battre aux côtés de Louis de France et être capturé par Guillaume le Maréchal.

    La régence dont le charge avant de mourir Jean sans Terre, en 1216, pour le compte de son fils mineur, constitue le couronnement de sa carrière. C’est à l’occasion de la minorité d’Henri III qu’il remporte sur les partisans du prince Louis, fils du roi de France Philippe Auguste, la victoire de Lincoln (mai 1217) ruinant ainsi les prétentions en Angleterre du futur Louis VIII de France. Le Maréchal raccompagna lui-même jusqu’à la côte le prince Louis et ses barons  qu’il avait capturés, ce qui lui fut reproché vingt ans plus tard par le roi Henri III.
    Guillaume le Maréchal est mort le 14 mai 1219. Avant sa mort il avait remis lui-même la régence, du jeune roi Henri III, au  légat du pape en Angleterre. Il avait aussi, anachroniquement, intégré l’Ordre du Temple.
    Lorsque la nouvelle de sa mort arriva à la cour de France, le chevalier Guillaume des Barres  déclara en présence du roi Philippe II : « En notre temps, il n’y eut en nul lieu meilleur chevalier, et qui s’y connût mieux en armes… je dis, et j’en prends Dieu à témoin, que je ne vis jamais meilleur que lui dans toute ma vie. »
    Et Guillaume des Barres s’y connaissait : il était le plus preux de la cour de France, c’est-à-dire du monde. Le roi Philippe rajouta : « Le Maréchal fut, selon mon jugement, le plus loyal, vrai, que j’aie jamais connu, en quelque lieu que je fusse. »
    Le Maréchal eut cinq fils, malheureusement pour lui, aucun n’eut de descendance à son tour. Chacun d’entre eux fut, à un moment donné, comte de Pembroke.
    Il eut aussi cinq filles.
    La lignée du Maréchal s’éteignit vite : en 1245 il n’y eut plus d’homme qui portât le nom du Maréchal.
    La dignité de maréchal passa ensuite à Roger Bigot, comte de Norfolk.
    Le père de Roger, Hugues, avait épousé Mathilde, la fille aînée de Guillaume le Maréchal.

    Bibliographie :
    Georges Duby :  
    Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde, 1re édition chez Fayard, 1984.

    David C
    rouch : William Marshal, knighthood, war an chivalry, 1147-1219, Harlow, 2002.

     

     


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  • La Maison de Staufen, famille allemande de Souabe, appelée aussi Hohenstaufen, a donné plusieurs souverains au Saint Empire romain.
    Le premier fut Conrad III, empereur de 1138 à 1152. La dynastie régna sur le Saint Empire jusqu’en 1254, avec une interruption entre 1208 et 1212 au profit d’Othon de Brunswick. Le dernier empereur Hohenstaufen fut Conrad IV, le fils de Frédéric II, de 1250 à 1254. Cette famille devint la championne des Gibelins qui s’opposaient aux Guelfes. À leurs possessions de Souabe, de Franconie, d’Alsace, les Hohenstaufen ajoutèrent le royaume normand de Sicile, où ils régnèrent de 1194 à 1266.
    - Frédéric II, empereur de 1212 à 1250, était le fils d’Henri VI de Hohenstaufen et de Constance de Sicile, et le petit-fils de Frédéric Ier Barberousse. Il hérita encore tout enfant, en 1197, du royaume de Sicile, et fut élevé par les soins du pape Innocent III. Élu roi par les princes allemands à Mayence en 1212, il fut couronné empereur à Rome en 1220. Il songeait surtout à affirmer sa puissance en Italie et ses intérêts s’opposaient directement à ceux du Saint-Siège, soucieux avant tout d’éviter l’encerclement par le Nord et le Sud.
    Comme l’empereur trouvait tous les prétextes pour ne pas accomplir son vœu de croisade, le pape, après une longue attente, dut recourir à l’excommunication, qui fut lancée en 1227 par Grégoire IX.
    Frédéric partit donc en croisade en 1228-129. Une étrange croisade qui se termina sans combat. Frédéric traita à prix d’or avec le sultan d’Égypte, établit une sorte de condominium islamo-chrétien sur Jérusalem, Nazareth et Bethléem, et se fit proclamer roi de Jérusalem. Son attitude conciliante et presque favorable à l’égard de l’Islam suscita l’indignation du pape, et, à son retour en 1230, il trouva une partie de l’Italie soulevée contre lui, avec l’appui du Saint-Siège. Il réussit cependant à rétablir son autorité et amena Grégoire IX à reconnaître le fait accompli par la paix de San Germano en juillet 1230. Son ami Hermann von Salza, grand maître de l’Ordre Teutonique, accomplit pour Frédéric II de nombreuses missions diplomatiques auprès des papes, des princes allemands et des villes de Lombardie. Il accompagna l’Empereur en Terre Sainte en 1228-1229, et c’est lui qui négocia pour Frédéric avec Grégoire IX, la paix de San Germano.
    Il dut alors partir en Allemagne où la rébellion de son fils Henri l’obligea à faire d’importantes concessions aux princes et aux villes germaniques. Henri fut jugé, condamné, et maintenu prisonnier jusqu’à sa mort en 1242. Redescendu en Italie, Frédéric écrasa, à Cortenuova, les milices lombardes alliées du pape et envahit les États pontificaux. La polémique entre théoriciens du pouvoir impérial et théoriciens du pouvoir pontifical, entre Gibelins et Guelfes, atteignit alors une violence sans précédent. Excommunié à nouveau par Grégoire IX en 1239, Frédéric II contre-attaqua énergiquement et empêcha la réunion du concile dirigé contre lui en arrêtant les cardinaux en pleine mer (mai 1241) et en marchant sur Rome. Désormais, aucune réconciliation n’était plus possible : tandis que guelfes et gibelins se massacrent en Italie, Innocent IV fait déposer Frédéric II par le concile de Lyon en 1245. Accablé de fatigues et de soucis, l’empereur mourut cinq ans plus tard, sans avoir fait la moindre concession, et en laissant le pouvoir impérial extrêmement affaibli en Allemagne. Frédéric fut inhumé dans la cathédrale de Palerme  en février 1251. Il repose à côté de Constance d’Hauteville, sa mère, et de Constance d’Aragon, sa première épouse.
    Il fut le père des rois Conrad IV, Manfred et Enzio.
    Enzio fut un vaillant soldat : nommé par son père roi de Corse et de Sardaigne, vicaire général pour l’Italie, il sera capturé à Fossalta, le 26 mai 1249, par les Bolognais, et sera détenu en prison pendant 23 ans, jusqu’à sa mort survenue le 14 mars 1272.
    Frédéric II fut considéré dès son époque comme un personnage extraordinaire. Extrêmement cultivé, parlant plusieurs langues, il s’intéressait à tous les domaines de la connaissance, protégeait les arts et les sciences, aimait et cultivait lui-même les lettres. Palerme était sa résidence favorite. Il avait jeté en Sicile les bases d’un État laïque, dont l’organisation se reflète dans les Constitutions de Melfi (1231). C’était un chrétien mais, peut-être, pas assez respectueux de la papauté. En effet il fut excommunié deux fois et surnommé l’Antéchrist par ses ennemis.
    - Conrad IV, second fils de Frédéric et d’Isabelle de Brienne, avait été élu roi de Germanie en 1237, il devint empereur à la mort de son père et roi de Sicile en 1251. Le pape Innocent IV combattit son élection à l’Empire, lui opposa Guillaume de Hollande (mort en 1256), et fit prêcher une croisade contre lui. La vindicte du Saint-Siège continuait de s’abattre sur le Hohenstaufen. Chassé d’Allemagne en 1251, Conrad passa en Italie pour se faire reconnaître roi de Sicile. Il prit Naples, Capoue, Aquino, mais mourut pendant ses conquêtes, le 21 mai 1254. Il avait vingt-six ans. Il s’ouvrit alors dans l’Empire allemand ce que l’on appelle le Grand Interrègne, une période qui vit des élections successives d’empereurs rivaux et l’émancipation des grandes principautés allemandes.
    - Manfred, le demi-frère de Conrad IV, fils de Frédéric II et de Bianca Lancia, qui fut fait prince de Tarente à la mort de son père, qui fut régent d’Italie pendant l’absence de son frère Conrad IV, fut forcé d’abandonner la Sicile au pape Innocent IV en 1254. Mais il se rebella et, dès 1257, se rendit maître de toute l’Italie du sud et de la Sicile. Il se fit couronner roi de Sicile le 11 août 1258. Ce qui entraîna immédiatement son excommunication par le pape Alexandre IV. Manfred, prenant la tête de tous les gibelins d’Italie, envahit les États pontificaux, chassa Alexandre IV de Rome et s’empara de la Toscane. Pendant quelques années il établit un gouvernement énergique. Le pape Urbain IV prêcha une croisade contre lui et investit du royaume de Sicile Charles d’Anjou, quitte à ce dernier de conquérir son royaume. Charles d’Anjou, frère du roi Louis IX de France, fut trop heureux de cette aubaine de ceindre une couronne royale. Manfred fut vaincu et tué près de Bénévent le 26 février 1266. Sa veuve Hélène d’Épire, leur fille Fleurdelis et leurs trois fils, durement traités par les Français, moururent en prison.
    Manfred avait eu deux autres filles de Béatrice de Savoie sa première épouse : Constance, mariée à Pierre III d’Aragon, et Béatrice, mariée à Rainier Della Gherardesca puis à Manfred de Saluces.
    - Conradin, le fils de l’empereur Conrad IV, neveu de Manfred, avait perdu son père à l’âge de deux ans et fut élevé à la cour de Bavière. À la mort de Manfred, il fut appelé par les gibelins italiens pour disputer la péninsule à Charles d’Anjou. Il entra triomphalement dans Rome mais fut vaincu par Charles d’Anjou à Tagliacozzo, le 23 août 1268 et mis à mort après un simulacre de jugement. Il avait seize ans. Avec lui finit la dynastie des Hohenstaufen.
    Un jeune arabe de seize ans, né à Lucera, fils illégitime de Conrad IV, parfois appelé le « deuxième Conradin », reprit alors le combat contre Charles d’Anjou. Lucera était une ville arabe. Charles d’Anjou et Clément IV s’étaient rendu compte que ni Conrad, ni Manfred, ni Frédéric II lui-même, n’auraient pu résister aussi longtemps aux anathèmes pontificaux s’ils n’avaient pas été assurés du concours des garnisons arabes de la Capitanate. D’ailleurs la « Légion arabe » de Frédéric II était toujours en tête lors de l’entrée de ses troupes dans les villes et régions conquises. Charles d’Anjou envoya des troupes pour encercler Lucera. C’est au cours de ce siège que Conradin II fit l’admiration de tous. Il se révéla un guerrier de premier ordre. Le siège se prolongea pendant plusieurs mois mais la ville finit par capituler et être livrée aux flammes. Conradin et sa mère furent pendus tous les deux, sur l’ordre de Charles d’Anjou, devant les remparts de Lucera, en 1269. Charles d’Anjou était enfin roi de Naples et de Sicile. Jusqu’au lundi de Pâques 31 mars 1282, jour de la révolte de la population sicilienne qui restait très attachée au souvenir des Hauteville et des Hohenstaufen. Les Siciliens donnèrent la couronne à Pierre III d’Aragon, qui était l’époux de Constance, fille de Manfred. La Sicile resta dans l’orbite aragonaise suite à ce que la croisade organisée par Charles d’Anjou et le pape Martin IV ait lamentablement échouée.
    Michel Parisse a écrit  que « la fin de la dynastie des Staufen, en Italie du sud, fut sans éclat ». Elle fut en fait tragique et ignominieuse puisque la Papauté, Charles d’Anjou, et leurs alliés, ont éliminés consciencieusement tous les descendants de Frédéric II qui auraient pu relever la tête.
    L’empereur Frédéric II, Stupor Mundi, a laissé dans l’Histoire des traces ineffaçables et un prestige sans égal.


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  • C’est une grande cuve (2,16 m x 0,55 m x 0,80 m), en marbre gris des Pyrénées, à décor mixte sculpté, purement ornemental. Il est caractéristique de l’école d’Aquitaine qui n’utilise pas la représentation humaine dans ses décors, il est typique de la production des ateliers de marbriers pyrénéens de l’époque mérovingienne. Il porte un chrisme flanqué de l’alpha et de l’oméga, sculpté au centre d’une  face. Enfin il présente de nombreuses similitudes avec une bonne douzaine d’autres sarcophages semblables que l’on peut voir au Musée d’Aquitaine ou dans la crypte de Saint-Seurin, à Bordeaux. Ces cercueils étaient fabriqués dans les carrières de Saint-Béat pendant la deuxième moitié du VIe siècle. Il ne fait pas de doute qu’ils étaient destinés à la sépulture de Grands de l’Église.

    On ne sait pas comment ce sarcophage est arrivé à Bourg.  Il a été transféré en 1854 au musée de Périgueux où il se trouve toujours.

    D’après Pierre Bistaudeau, un poème de Fortunat, « La basilique de Saint-Vincent d’outre-Garonne », mentionne que Léonce, de la famille des Pontii, parti combattre les Wisigoths en Espagne, en aurait ramené des reliques de Saint-Vincent qu’il fit déposer dans un édifice chrétien de Bourg. Il devint par la suite évêque de Bordeaux sous le nom de Léonce le Jeune (Léonce II), décédé vers 574.
    Les clercs de l’abbaye Saint-Vincent de Bourg acceptèrent la règle de saint Augustin en 1124, et prirent dès lors le nom de chanoines réguliers. La fondation de l’abbaye était beaucoup plus ancienne, car d’après Émile Maufras, lorsque Charlemagne vint en Aquitaine, il la donna avec toutes ses dépendances à l’évêché de Bordeaux. Elle est ensuite citée en 816, citation reprise par plusieurs historiens bordelais.  Une partie des bâtiments s’effondra dans les flots de la Dordogne en 1595. Pierre Boyries avance l’hypothèse que le sarcophage fut retrouvé lors de fouilles, mis de côté, et enfin transporté par le chanoine Brou de Lachaize, dernier survivant du chapitre, dans sa propriété. Pour le moment je n’ai pas connaissance que des preuves aient pu confirmer ou infirmer ce postulat.

    Ce qui est troublant c’est que le musée de Périgueux indique qu’il s’agit d’une « cuve wisigothique », et j’en suis très surpris.

    À propos du sarcophage trouvé à Bourg en 1820, dans la propriété du chanoine Brou de Lachaize.


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    Louis Barthou fut nommé Ministres des Affaires étrangères  le 9 février 1934, dans le cabinet Doumergue.
    1934 est l’année qui voit la première édition en français de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, aux Nouvelles Éditions latines, sans l’autorisation de l’auteur. Hitler fait interdire la publication de son ouvrage en France. Néanmoins, la teneur pouvait en être connue par le biais des nombreux résumés édités au fil des ans.  Louis Barthou a lu « Mon Combat », je ne sais dans quelle édition. Persuadé que l’Allemagne prépare la guerre, le ministre entend réactiver et élargir les alliances de la France qui « doit placer au premier plan de ses préoccupations les conditions de sa sécurité propre ». Il refuse de « légaliser le gouvernement nazi allemand » comme le souhaitent en fait les Anglais.
    Le 21 avril, il commence une tournée des capitales européennes : Bruxelles, Varsovie, Prague, Bucarest, Belgrade, et avance l’idée d’un « Locarno oriental » destiné à favoriser un rapprochement avec l’URSS. Le 18 mai, Barthou rencontre à Genève le Commissaire du peuple aux Affaires étrangères soviétiques Maxime Litvinov. Litvinov approuve le projet français et Barthou se dit prêt à signer avec l’URSS même en cas de refus de l'Allemagne de s’associer à ce pacte.  Les 14 et 15 juin, Hitler et Mussolini se rencontrent à Venise. Les deux dictateurs décident de se consulter sur la politique à suivre envers l’Autriche.
    Le 10 septembre l’URSS se voit offrir un siège permanent au Conseil de la SDN. Le 17, l’assemblée (de la SDN) adopte l’admission de l’URSS par 38 voix contre 3 et 7 abstentions. Ce succès de la politique voulue par Louis Barthou ouvre la voie à un accord diplomatique entre la France et l’URSS. 
    Le 9 octobre 1934, à Marseille, à 16 heures, le roi Alexandre de Yougoslavie, en visite officielle en France, est assassiné par un oustachi nationaliste croate. Dans la confusion Louis Barthou, qui était venu accueillir le roi, est blessé au bras droit par les policiers qui abattent le tueur. Personne n’ayant songé à ligaturer son bras blessé, le Ministre des affaires étrangères meurt exsangue peu après.
    Voilà la narration exacte. Les livres d’histoire et les dictionnaires mentionnent juste que Barthou a été tué lors de l’attentat ou même qu’il a été occis par les oustachis. Le deuxième passage de  Barthou aux Affaires étrangères n'aura duré que huit mois, du 9 février 1934 au 9 octobre 1934.
    Le 13 octobre Pierre Laval succède à Louis Barthou au portefeuille des Affaires étrangères. Il poursuivra la politique initiée par Barthou : rapprochement avec l’URSS et entente avec l’Italie pour conforter l’opposition de Rome aux entreprises allemandes en Europe. Mais le 8 avril 1935, l’Allemagne nazie et la Russie soviétique signent à Berlin un accord commercial : l’Allemagne ouvre à la Russie un crédit de 200 millions de Reichmarks pour une durée de cinq ans.
    Le 2 mai 1935, Laval signe avec l’ambassadeur soviétique à Paris, Vladimir Potemkin,  un pacte  d’assistance mutuelle franco-soviétique. Litvinov, de son vrai nom Maxime Maximovitch Meier Henoch Wallach-Finkelstein, était fermement partisan d’un rapprochement de l’URSS avec les démocraties occidentales et il soutint à la SDN le principe de la sécurité collective.
    Staline, inquiet des accords de Munich signés le 30 septembre 1938, et désirant se rapprocher de l’Allemagne hitlérienne, remplaça Litvinov par Molotov en mai 1939.
    On connait bien la suite.

     

    Louis Barthou qui fut-trop peu de temps- l’un des meilleurs ministres des Affaires étrangères de la période, et dont la mort tragique ne fut pas seulement une perte pour le Cabinet, mais un malheur pour le pays. Mort qui pose question car elle aurait pu être évitée s’il n’y avait pas eu de tirs policiers malheureux, ainsi que des soins d’urgence rapidement prodigués.

     

     

    « … le roi Alexandre Ier est assassiné à Marseille le 9 octobre 1934par un terroriste macédonien de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO) au service des nationalistes croates du mouvement oustacha et macédoniens. » Voilà ce qui est précisé dans Le dictionnaire historique et géopolitique du 20e siècle, sous la direction de Serge Cordellier, La Découverte/Poche.


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