•  

    Louis Barthou fut nommé Ministres des Affaires étrangères  le 9 février 1934, dans le cabinet Doumergue.
    1934 est l’année qui voit la première édition en français de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, aux Nouvelles Éditions latines, sans l’autorisation de l’auteur. Hitler fait interdire la publication de son ouvrage en France. Néanmoins, la teneur pouvait en être connue par le biais des nombreux résumés édités au fil des ans.  Louis Barthou a lu « Mon Combat », je ne sais dans quelle édition. Persuadé que l’Allemagne prépare la guerre, le ministre entend réactiver et élargir les alliances de la France qui « doit placer au premier plan de ses préoccupations les conditions de sa sécurité propre ». Il refuse de « légaliser le gouvernement nazi allemand » comme le souhaitent en fait les Anglais.
    Le 21 avril, il commence une tournée des capitales européennes : Bruxelles, Varsovie, Prague, Bucarest, Belgrade, et avance l’idée d’un « Locarno oriental » destiné à favoriser un rapprochement avec l’URSS. Le 18 mai, Barthou rencontre à Genève le Commissaire du peuple aux Affaires étrangères soviétiques Maxime Litvinov. Litvinov approuve le projet français et Barthou se dit prêt à signer avec l’URSS même en cas de refus de l'Allemagne de s’associer à ce pacte.  Les 14 et 15 juin, Hitler et Mussolini se rencontrent à Venise. Les deux dictateurs décident de se consulter sur la politique à suivre envers l’Autriche.
    Le 10 septembre l’URSS se voit offrir un siège permanent au Conseil de la SDN. Le 17, l’assemblée (de la SDN) adopte l’admission de l’URSS par 38 voix contre 3 et 7 abstentions. Ce succès de la politique voulue par Louis Barthou ouvre la voie à un accord diplomatique entre la France et l’URSS. 
    Le 9 octobre 1934, à Marseille, à 16 heures, le roi Alexandre de Yougoslavie, en visite officielle en France, est assassiné par un oustachi nationaliste croate. Dans la confusion Louis Barthou, qui était venu accueillir le roi, est blessé au bras droit par les policiers qui abattent le tueur. Personne n’ayant songé à ligaturer son bras blessé, le Ministre des affaires étrangères meurt exsangue peu après.
    Voilà la narration exacte. Les livres d’histoire et les dictionnaires mentionnent juste que Barthou a été tué lors de l’attentat ou même qu’il a été occis par les oustachis. Le deuxième passage de  Barthou aux Affaires étrangères n'aura duré que huit mois, du 9 février 1934 au 9 octobre 1934.
    Le 13 octobre Pierre Laval succède à Louis Barthou au portefeuille des Affaires étrangères. Il poursuivra la politique initiée par Barthou : rapprochement avec l’URSS et entente avec l’Italie pour conforter l’opposition de Rome aux entreprises allemandes en Europe. Mais le 8 avril 1935, l’Allemagne nazie et la Russie soviétique signent à Berlin un accord commercial : l’Allemagne ouvre à la Russie un crédit de 200 millions de Reichmarks pour une durée de cinq ans.
    Le 2 mai 1935, Laval signe avec l’ambassadeur soviétique à Paris, Vladimir Potemkin,  un pacte  d’assistance mutuelle franco-soviétique. Litvinov, de son vrai nom Maxime Maximovitch Meier Henoch Wallach-Finkelstein, était fermement partisan d’un rapprochement de l’URSS avec les démocraties occidentales et il soutint à la SDN le principe de la sécurité collective.
    Staline, inquiet des accords de Munich signés le 30 septembre 1938, et désirant se rapprocher de l’Allemagne hitlérienne, remplaça Litvinov par Molotov en mai 1939.
    On connait bien la suite.

     

    Louis Barthou qui fut-trop peu de temps- l’un des meilleurs ministres des Affaires étrangères de la période, et dont la mort tragique ne fut pas seulement une perte pour le Cabinet, mais un malheur pour le pays. Mort qui pose question car elle aurait pu être évitée s’il n’y avait pas eu de tirs policiers malheureux, ainsi que des soins d’urgence rapidement prodigués.

     

     

    « … le roi Alexandre Ier est assassiné à Marseille le 9 octobre 1934par un terroriste macédonien de l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO) au service des nationalistes croates du mouvement oustacha et macédoniens. » Voilà ce qui est précisé dans Le dictionnaire historique et géopolitique du 20e siècle, sous la direction de Serge Cordellier, La Découverte/Poche.


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  • J’aime trouver dans les livres d’Histoire des personnages qui méritent d’être remis en lumière.
    C’est le cas de Joseph NASI, parfois orthographié Josef Nassi.
    Paul  Grunebaum Ballin lui a consacré un livre paru en 1968 sous le titre Joseph Naci, duc de Naxos.
    Le personnage apparait aussi dans La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II de Fernand Braudel  ainsi que dans La République du Lion d’Alvise Zorzi.

    Nasi était un Juif portugais qui naquit vers 1520 dans une famille marrane alliée à celle des riches banquiers Mendez. Son premier nom fut João Miguez.
    Quand les Rois catholiques avaient expulsé les Juifs d’Espagne, plusieurs membres de la famille Nassi avaient émigré au Portugal. Là, contraints de se faire chrétiens, ils avaient adopté des noms portugais, lancé un florissant commerce de pierres précieuses, et créé une importante société bancaire qui, dans la seconde décennie du XVIe siècle, avait étendu ses ramifications jusqu’à Anvers. Il avait suivi  très jeune à Anvers sa tante, Béatrice de Luna, qui lui confia de bonne heure la gestion des affaires familiales dans cette ville. En 1535, donã Gracia Nasi, veuve du chef de l’entreprise, Francisco Mendez, partait pour la cité flamande avec sa fille Reina et son neveu João Miguez. Suite à un différend grave, et regrettable, avec la régente des Pays-Bas, la vieille Mendez avec sa fille et son neveu durent de nouveau s’exiler. Voici donc les Nassi réfugiés à Venise.  Mais ils arrivèrent en un bien triste moment : la République connaissait une des rares périodes où elle persécuta les Maranes. La vieille dame est arrêtée, on confisque les biens des Mendez, le reste de la famille se réfugie à Ferrare. À l’exception de João Miguez qui s’enfuit à Constantinople, se fait présenter au sultan par son médecin qui est un juif espagnol comme lui, et Soliman le Magnifique, qui ne demande pas mieux que d’associer à sa fortune personnelle les immenses disponibilités de la société Mendez, fait la grosse voix. Venise, la Sérénissime Seigneurie, prend peur, donã Gracia est remise en liberté, les biens sont restitués et João s’établit définitivement, en 1553, à Constantinople après avoir abjuré le christianisme imposé et repris son véritable nom, Josef Nasi.

    À Constantinople, aux côtés de Selim qui l’admire et l’écoute, Josef Nassi caresse un rêve audacieux et anachronique pour l’époque, un rêve qui en fait un précurseur du sionisme : donner une patrie aux Juifs. Ce rêve justifie ses actions et Venise est sa première cible. Soliman lui donna le gouvernement de la ville de Tibériade, en Palestine. Il lança la reconstruction de l’ancienne cité et entreprit de réinstaller les Juifs en Terre promise. Mais le premier bateau qui amenait des immigrants d’Europe fut capturé par des pirates, et Joseph Nasi renonça à son projet.
    Sa faveur augmente encore sous le règne de Sélim II, devenu sultan en 1566.
    Selim II Mest était un ivrogne invétéré, un personnage influençable de surcroît. En échange de services diplomatiques importants — Joseph Nasi joue par exemple un rôle de premier plan dans les négociations de paix entre la Pologne et la Turquie en 1562 — Selim II se l’attache à sa suite et le couvre de bienfaits : Nasi reçoit le monopole de l'importation des vins par le Bosphore et surtout les titres de duc de Naxos et comte d'Andros.  Joseph Nasi  fait administrer ses terres depuis son palais du Belvédère à Constantinople.  Ce dernier dirigea alors pratiquement la diplomatie turque. Très hostile à Venise, c’est lui qui inspira l’attaque des Ottomans contre Chypre, en 1570. La belle île de Chypre avait été  vendue à Venise par Catherine Cornaro, veuve de Jacques III et héritière des Lusignan rois de Chypre depuis 1192, en 1489. Quelque quatre-vingts ans plus tard les Turcs en prirent possession et l’île tomba dans un état lamentable. Elle devint un port d’escale et de ravitaillement pour les escadres de la Sublime Porte. Après la mort de Sélim II en 1574, le rôle de Joseph Nassi devint plus effacé. Il passa les dernières années de sa vie dans son palais du Belvédère, près de Galata, où il mourut le 2 août 1579.

    Venise avait perdu définitivement le royaume de Chypre, même après la victoire de Lépante du 7 octobre 1571 ! Le succès de Lépante ne fut pas exploité, car son but initial était de reprendre Chypre, mais il eut un retentissement psychologique considérable en mettant fin à la réputation d’invincibilité des Ottomans.

    La bataille de Lépante.
    Son déroulement est raconté dans beaucoup de textes.
    À la fin des combats le golfe de Patras est couvert de milliers de cadavres. Du côté des chrétiens on évalue les pertes à 7500 hommes dont 4800 dans les effectifs vénitiens, qui comptaient de nombreux rameurs grecs et prisonniers barbaresques. Il y a près de 20000 blessés. Les pertes ottomanes sont difficiles à chiffrer ; au moins 8000 morts dans les combats mais beaucoup de fuyards se sont réfugiés sur les côtes, où bon nombre furent massacrés par les habitants chrétiens. On a délivré près de 15000  esclaves, en majorité des Grecs.
    Parmi les blessés se trouve un jeune volontaire de vingt-trois ans qui assurait le commandement d’une escouade de douze hommes. C’est Cervantès, le futur auteur de Don Quichotte. Il a reçu deux blessures dont l’une occasionnera, écrira-t-il, « la perte de ma main gauche, pour l’honneur de la droite ».

    Venise avait été le principal artisan de la victoire de Lépante. Mohamed Sokolli, le grand vizir, résuma de manière imagée mais exacte la portée de l’événement dans la conversation avec l’ambassadeur vénitien  Marcantonio Barbaro : « Il y a une grande différence entre notre situation et la vôtre. La perte d’une flotte n’est pour mon sublime empereur que ce que serait la barbe à un homme qui se la fait couper et à qui elle repousse ; mais la perte de l’île de Chypre est pour les Vénitiens comme la perte d’un membre qui ne revient plus quand il a été retranché. »
    En effet, dès l’année suivante, l’amiral Kilidj-Ali remit en mer, sous les yeux de Sélim, une flotte nouvelle, et revint braver ses ennemis.
    Et Chypre restera aux Ottomans jusqu'en 1878.

     


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  • Maurice de Saxe.

    Tout vient de Dieu et de Maurice de Saxe.

     

     Belle réponse du roi Louis XV au maréchal de Saxe, l’après-midi du 11 mai 1745, à Fontenoy, après la victoire des Français sur le duc de Cumberland. La bataille de Fontenoy est aussi célèbre pour la phrase lancée par Charles Hay « Messieurs des gardes françaises, tirez », qui a donné le fameux mot historique : Messieurs les Français, tirez les premiers. Auquel fut répondu : à vous l’honneur !

     

    Maurice de Saxe commandait les troupes françaises, Louis XV était présent sur les lieux, les engagements durèrent un peu plus de cinq heures et firent des milliers de morts et de blessés dans les deux camps.
    La bataille de Fontenoy est représentée, par un tableau d’Horace Vernet, dans la Galerie des batailles du château de Versailles.

    Pour Maurice de Saxe, maréchal de France depuis le 26 mars 1744, ce n’est qu’une victoire de plus à son actif.
    Qui est ce célèbre homme de guerre ? Un bâtard diront certains, mais de grande naissance. Hermann-Moritz est né le 28 octobre 1696 à Goslar, en Basse-Saxe. Il est le fruit des amours adultérines de l’électeur Frédéric-Auguste de Saxe, roi de Pologne (Auguste II), et de la comtesse Marie-Aurore de Königsmarck. Son père est de la branche albertine des Wettin, qui détient l’électorat de Saxe depuis 1541. On prête à Frédéric-Auguste de nombreux enfants naturels.  Hermann-Maurice, reconnu par son père,  devient « comte de Saxe » en janvier 1711. Il est marié contre son gré, le 12 mars 1714, il n’a que dix-sept ans, à Jeanne-Victoire de Loeben. Ce mariage sera dissout le 26 mars 1721 et Maurice n’aura plus d’alliance légitime mais de nombreuses maîtresses.
    Il fait à douze ans ses premières armes devant Lille contre la France. Il combat ensuite successivement dans les armées de Pierre le Grand (qui soutient Auguste II) contre les Suédois, aux côtés de son père en Poméranie, en Hongrie contre les Turcs, puis à nouveau avec son père durant la guerre civile en Pologne. Il assista en 1717 à la prise de Belgrade, sous les ordres du prince Eugène de Savoie-Carignan, au service des Habsbourg.
    En mai 1720, il arrive à Paris et  est présenté au Régent qui lui propose de passer au service de la France. Le 6 août 1720 il reçoit le brevet de maréchal de camp et achète le régiment de Sparre, qui devient Saxe-Infanterie. Il a pour maîtresse la célèbre actrice Adrienne Lecouvreur. Sa participation brillante à la guerre de succession de Pologne lui vaut d’être nommé lieutenant général en 1734. La guerre de succession d’Autriche lui permet d’appliquer ses idées militaires et lui apporte une gloire incontestée. Durant la campagne de 1745, la victoire de Fontenoy fut suivie des capitulations de Tournai (23 mai), de Gand (14 juillet), de Bruges (18 juillet), de Dendermonde (13 août), d’Ostende (25 août) et enfin de celle de Nieuport le 5 septembre.
    Durant la campagne de 1746 il prit Bruxelles le 20 février et rentra triomphalement à Paris au mois de mars. Il y obtient les honneurs du Louvre et reçoit le château de Chambord. Il bat à nouveau les ennemis alliés à Raucoux le 11 octobre 1746, et le roi lui donne six des pièces d’artillerie prises à l’ennemi.
    Le 12 janvier 1747, il est fait maréchal général des camps et armées du roi, dignité accordée avant lui aux seuls maréchaux de Lesdiguières, de Turenne et de Villars. Il marche ensuite sur la Flandre hollandaise, prend l’Écluse et plusieurs forts, et remporte une nouvelle victoire à Lawfeld.  Promu commandant général des Pays-Bas conquis (1748), il prend encore Limbourg et Maëstricht avant que ne soit signée la paix d’Aix-la-Chapelle.
    Le même jour que le traité d’Aix, le 18 octobre 1748, nait Aurore, fille de Maurice de Saxe et de Marie Rinteau. Aurore, la seule postérité reconnue du maréchal, est la grand-mère de George Sand. 
    Le maréchal de Saxe se retire à Chambord où il rédige ses Mémoires. Le  comte fait installer à Chambord, en 1749, un monumental poêle en faïence de Meissen, splendide œuvre d’art décorée sur chacun de ses panneaux par des scènes de genre rappelant les cadres de la vie quotidienne en Saxe. On peut toujours voir ce calorifère à Chambord.
    Il meurt dans sa demeure de Chambord le 30 novembre 1750.

     

    Son corps est transporté à Strasbourg et inhumé dans l’église Saint-Thomas de cette ville.
    Son mausolée terminé en 1776 est l’une des œuvres les plus célèbres de Pigalle.

    Les campagnes de Maurice de Saxe pour la succession de Courlande, la succession de Pologne, la succession d’Autriche, sont décrites assez exhaustivement dans sa biographie due à Jean-Pierre Bois (Fayard, 1992). Il mena une vie de jouisseur et eût de nombreuses aventures galantes, dont quelques unes mentionnées par Jean-Pierre Bois.

     

    Sa vie est assez atypique pour un maréchal de France. En effet il est étranger, mais ce n’est pas le premier. Les maréchaux Talbot, Van Borsselen, Caraccioli, Strozzi, Trivulce (l’oncle et le neveu) n’étaient pas Français.
    Fait exceptionnel Maurice de Saxe est de confession luthérienne, et il a choisi de servir le roi catholique Louis XV, sans abandonner sa religion. Il fut un grand soldat et porta les armées de la France à la victoire bien souvent. Le Roi le combla d’honneurs.

    L’Histoire généalogique et chronologique, dite du Père Anselme et continuée par Potier de Courcy mentionne :
    Hermann-Maurice, comte de Saxe, duc de Courlande & de Sémigalle, maréchal général des camps & armées du Roi.
    Armes : Burelé de sable & d’or de 10 pièces ; au crancelin de sinople, brochant en bande.
    (Histoire généalogique et chronologique des maréchaux de France, tome neuvième, deuxième partie, pages 606 et 607).

     

     


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  • Varus, rends-moi mes légions !

    Suétone prête cette incantation d’angoisse et de douleur à l’empereur Auguste, au souvenir du désastre de Teutoburg, en l’an 9 après J.-C., où le Germain Arminius put vaincre et massacrer trois légions romaines sous le commandement de Varus. Ce désastre, dit Suétone, « faillit entraîner l’effondrement de l’Empire » et força les Romains à se replier sur la frontière du Rhin. La consternation d’Auguste fut si grande qu’il resta des mois sans se faire tailler les cheveux ni raser la barbe et que souvent il allait cognant de la tête contre les portes, hurlant : « Quintilius Varus, rends-moi mes légions ! », et qu’il prit l’habitude d’observer l’anniversaire de la catastrophe comme jour de deuil et de lamentations.
    Six ans après le désastre, l’armée de Germanicus découvrit les ossements des trois légions et les ensevelit.

    Le général romain Publius Quentilius Varus fut Consul (en 12 avant J.-C.), légat en Syrie (6-4 avant J.-C.), et il continua sous l’Empire la tradition des gouverneurs rapaces de la République, et s’enrichit par des spoliations. En l’an 7 de notre ère, il fut chargé par Auguste d’organiser la Germanie déjà conquise par les Romains sur la rive droite du Rhin. Son administration persécutrice, sa prétention de substituer le droit romain au droit germanique exaspérèrent les populations. Une conspiration se forma sous la conduite d’Arminius. À l’automne de l’an 9, alors qu’ayant quitté les bords de la Weser il marchait en direction de ses quartiers du Rhin, Varus fut surpris au Teutoburger Wald, une région de marais et de bois ; les trois légions, soit 18000 hommes, qu’il avait avec lui furent détruites et lui-même se donna la mort.

    Arminius (Hermann), né vers 18 ou 16 avant J.-C., est un chef germain, de la tribu des Chérusques. Fils de Segimar, il servit d’abord, comme son frère Flavus, dans les auxiliaires germains employés par Rome et fut fait citoyen de rang équestre. Rentré dans son pays en l’an 7 après J.-C., il exploita la confiance aveugle que lui témoignait le gouverneur romain Varus pour former en secret une vaste coalition comprenant les Chérusques, les Bructères, les Marses et diverses tribus germaniques septentrionales. Il surprit avec son armée les légionnaires romains entre l’Ems et la Weser, au Teutoburger Wald, près de la ville actuelle de Detmold.
    Il lutta ensuite entre 14 et 16 contre Germanicus, mais sa femme, Thusnelda, fut emmenée captive à Rome, où elle donna naissance à un fils, et tous deux ornèrent le triomphe de Germanicus.
    Il battit ensuite le roi des Marcomans, Marbode, allié des Romains, mais périt peu après, empoisonné par des conspirateurs. Sa mort est située entre les années 19 et 21.

    Salué par Tacite du titre de « libérateur de la Germanie », Arminius est resté vénéré en Allemagne comme un héros national. Un monument lui a été élevé près de Detmold en 1875.

    Germanicus, en l’an 16, vit naître sa fille Agrippine à Ara Ubiorum. La ville prendra le nom de Colonia Agrippinensis, Cologne.
    Germanicus est mort le 10 octobre 19 près d’Antioche.

    Les biographies de Varus et d’Arminius, dont je me suis largement inspiré, sont celles de la « Biographie universelle ancienne et moderne » sous la direction de Louis-Gabriel Michaud.
    Le Suisse Philipp Albert Stapfer est l’auteur de la biographie d’Arminius, dans le tome 2, pages 236 à 239 ; et Pierre Charles Weiss est le rédacteur de celle de Varus, dans le tome 42, pages 665 à 666.


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  • Le maréchal Bugeaud.

     

    Thomas Robert Bugeaud de La Piconnerie.

    Né à Limoges le 15 octobre 1784, fils de Jean Ambroise Bugeaud, seigneur de la Piconnerie, et de Françoise de Sutton de Clonard.
    Son père était un gentilhomme du Périgord, originaire de Lanouaille.
    Sa mère appartenait à une famille noble d’Irlande, dont quelques membres s’expatrièrent avec Jacques II et se fixèrent en France.

    Il est enrôlé en 1804 comme simple grenadier vélite de la garde impériale et il fait ses premières campagnes sur les côtes de la Manche.
    En 1805, il combat au sein de la Grande Armée. Caporal à Austerlitz, sous-lieutenant l’année suivante, blessé à Pultusk le 26 décembre 1806, il sert ensuite en Espagne, comme capitaine sous les ordres du général Lamarque. Il est présent, en 1810-1811, aux sièges de Lérida, de Tortosa et de Tarragone. Il met en déroute à Ordal, en Catalogne, un régiment anglais, ce qui lui vaut le grade de lieutenant-colonel.
    Rentré en France, il est nommé colonel. En juin 1815, en Savoie, avec 1700 hommes et 40 chevaux, il bat une division autrichienne de 10000 hommes soutenue par 500 chevaux et 6 pièces de canon. Les Français restent maîtres du champ de bataille où périssent 2000 Autrichiens.
    Licencié de l’armée à la seconde Restauration, colonel en demi-solde, il se retire dans sa propriété de la Durantie, à Lanouaille près d’Excideuil, où il s’occupe d’améliorer l’exploitation de ses terres en introduisant d’utiles innovations comme le chaulage ou la culture de la betterave. En 1823 le gouvernement refuse sa réintégration dans l’armée. Adhérant à l’opposition libérale, il est candidat malheureux à une élection en Dordogne en 1829.
    La Monarchie de Juillet le rappelle à l’activité comme maréchal de camp. Elu député d’Excideuil en juillet 1831, il représente la Dordogne à la Chambre jusqu’à sa mort.
    Le gouvernement le charge de garder à la citadelle de Blaye la duchesse de Berry, et plus tard de l’accompagner à Palerme. Une allusion à ce rôle, faite à une séance de la Chambre par le député de l’Eure François Charles Dulong, donne lieu à un duel au cours duquel ce dernier est tué par Bugeaud, le 27 janvier 1834.
    En avril 1834, il reçoit la mission de commander une brigade face à des émeutiers. Certains de ses soldats se livrent à des massacres, notamment rue Transnonain, ce qui le rend, à jamais, fort impopulaire à Paris. Les républicains en font porter la responsabilité à Bugeaud, mais cet homme a la confiance du roi.
    Envoyé en Afrique du Nord, il marche d’Oran sur Tlemcen, après avoir forcé Abd el-Kader à la retraite. Puis il attaque ce dernier le 6 juillet 1836 sur la Sikkah avec 1000 cavaliers et 12000 fantassins. L’émir est vaincu et Bugeaud est élevé au grade de lieutenant général. Le Président du Conseil, Thiers, le nomme alors commandant de la nouvelle Légion étrangère, en août 1836. Mais Bugeaud n’a pas le temps de prendre son commandement avant la chute de Thiers.
    En décembre 1836, il remplace Clauzel à la tête des troupes en Algérie.
    Le 30 octobre 1837, il conclut avec Abd el-Kader le traité de la Tafna. Puis il est nommé gouverneur général de l’Algérie le 29 décembre 1840.
    En trois ans, il soumet le territoire arabe et kabyle depuis la frontière de Tunisie jusqu’à celle du Maroc. Il est fait maréchal de France en février 1843. C’est grâce à la campagne du Maroc qu’il établit sa renommée, après la bataille d’Isly où il défait l’armée marocaine avec des forces inférieures. Il reçoit en récompense le titre de duc d’Isly, par lettres patentes du 16 septembre 1844. Il traque ensuite Abd el-Kader, qui se rend en 1847. Au moment de la révolution de 1848, il reçoit de Barrot et Thiers, le 24 février 1848, le commandement de l’armée et de la garde nationale de Paris. Mais Louis-Philippe ne lui donne pas la possibilité de résister à l’émeute. Il offre ensuite ses services à la République, qui le laisse dans l’inactivité. Élu à la Constituante par une élection partielle à l’automne 1848, les conservateurs songent à lui pour une candidature à la présidence de la République. Mais il se désiste en faveur de Louis-Napoléon Bonaparte qui lui confie le commandement en chef de l’armée des Alpes.
    Il meurt du choléra à Paris, quai Voltaire, le 10 juin 1849.

    Marié à Elisabeth Jouffre de Lafaye, le 30 mars 1818, il laisse quatre fils et deux filles.

    Au plan politique, il est maire de Lanouaille en 1825, conseiller général en 1830, député de la Dordogne de juillet 1831 à février 1848, vice-président de la Chambre des députés en 1847. En 1848, il est élu député de la Charente-Inférieure. Bugeaud était  Franc-maçon, aussi la loge Bélisaire d’Alger fit-elle battre une batterie de deuil en sa mémoire l’année de sa mort en le traitant de « Vénérable honoraire de la loge d’Oran ».

    Armoiries : Au 1 d’azur au chevron d’or accompagné en pointe d’une étoile du même, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d’or ; au 2 coupé, d’or à l’épée haute de sable au soc de charrue d’azur posé en bande.

    Le recueil de ses écrits militaires fut publié en 1883.


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