• Une relation de la bataille de Cocherel.

    Du Guesclin était campé près de Cocherel, sur la gauche de l'Eure, et il manquait de vivres.
    Le captal lui envoya un héraut pour lui offrir du vin et des provisions de bouche. « Gentil héraut, répondit l'intrépide Breton, vous savez très bien prescher ; aussi pour votre discours je vous donne un coursier de cent florins. Mais dites au captal que je veux combattre, et que s'il ne vient pas à moi, je marcherai à lui. Avant la fin du jour, je mangerai un quartier du captal. » Par ces derniers mots, du Guesclin voulait faire entendre qu'il ferait le captal prisonnier, et qu'il aurait le quart de la valeur de ses biens pour sa rançon. II lui envoya donc un héraut pour lui proposer de descendre dans la plaine et d'accepter la bataille ; mais voyant ce héraut revenir sans réponse, il s'avise d'un stratagème, fait sonner la retraite et feint de décamper. Les Navarrais veulent soudain s'élancer à la poursuite des Français. Vainement le captal cherche à les retenir en s'écriant : « Je" n'ai pas ouï dire que du Guesclin ait jamais daigné décamper ; c'est une ruse de guerre. »
    Sa voix se perd dans le tumulte, et lui-même est entraîné avec les siens. Aussitôt que Du Guesclin les voit dans la plaine : « J'espère, dit-il, donner le captal au roi, pour étrenne de sa noble royauté, » II arrête et change le mouvement de sa troupe : « Pour Dieu, amis, s'écrie- t-il, souvenez-vous que nous avons un nouveau roi de France (Charles V, qui fut couronné trois jours après cette bataille] ; que sa couronne soit aujourd'hui étrennée par vous ! » Les deux
    armées font des prodiges ; la victoire est longtemps disputée. Mais trente chevaliers gascons, qui ont formé le hardi projet d'enlever le captal, marchent étroitement serrés les uns contre les autres, pénètrent dans le bataillon où combat ce guerrier, ne cherchent que lui, le joignent, l'enlèvent malgré tous les efforts faits pour le délivrer, et les Navarrais sont vaincus. Le captal fut confié à la garde de Roland Bodin, simple écuyer, qui le remit à Charles V ; et ce prince
    l'envoya au marché de Meaux, pour y demeurer prisonnier sur sa parole.

    « LE CAPTAL DE BUCHJACQUES COEUR. »

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  • Commentaires

    1
    LULU.
    Dimanche 9 Septembre 2012 à 13:32

    Ce texte est plaisament écrit ... J'en suis fort friant  !!! On a l'impression ,  que ces messieurs se divertissaient  plus qu'ils ne bataillaient ....Pourtant , il parait que ces combats  n'étaient que  sordides boucheries ...pour  des résultats souvent très moyens ....La mode était déja aux enlèvements contre rançons .... Rien n'a vraiment changé aujourd'hui !!! Sauf qu'on se tire dessus de plus loin !!!  Encore JP .... Je savoure  !!! MERCI ...

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