• Un peu d'histoire romaine.

    Macron, Naevius Sertorius Macro, mort en 38 après J.-C.
    Homme politique romain. Chargé par Tibère d’arrêter Séjan, il fut nommé préfet  du prétoire à la mort de ce dernier [en octobre 31]. Pour gagner la faveur de Caligula, il fit étouffer Tibère mourant, sous un amas de couvertures, le 16 mars 37. Mais, dès l’année suivante, impliqué dans une conspiration, il fut obligé de se tuer, entraînant sa femme dans la mort avec lui.

    À propos de Macron voici quelques extraits de la vie de Caligula par Suétone.
    Celui-ci  [Caligula], afin d’avoir une certitude plus grande, séduisit, après la mort de Junia [son épouse], morte en couches, Ennia Novia femme de Macron, le chef des cohortes prétoriennes, en lui promettant de l’épouser dès son avènement.
    […]
    C’est par son entreprise, d’après ce que l’on raconte, qu’ils complotèrent avec Macron l’empoisonnement de Tibère. Le vieillard respirait encore lorsqu’il lui fit arracher son anneau et comme il se défendait, il commanda de l’étouffer sous un coussin, lui serrant lui-même la gorge de sa propre main.
    Il est presque futile et fastidieux de raconter comment il traita ses parents et ses amis, Ptolémée, fils du roi Juba, son cousin ainsi que Macron et Ennia qui lui avaient facilité l’accès à l’empire. Ils périrent tous de mort violente, malgré les liens du sang ou les services rendus.

    MACRON (Cn. Naevius Sertorius Macro), favori  de Tibère et de Caligula, avait peut-être été placé par Séjan auprès de ce prince, qu'il suivit à Caprée, et dont il sut acquérir la confiance autant que cela se pouvait avec Tibère ; en d'autres termes, il convainquit son maître qu'il ne manquait ni de résolution ni d'adresse pour exécuter un plan bien tracé, et qu'il était prêt à le servir dans toute affaire qui s'accorderait avec ses propres intérêts ou qui vaudrait à son ambition une haute récompense. Il y avait longtemps que Séjan causait de l'ombrage à Tibère, et il n'en eût pas fallu autant à des princes moins soupçonneux que le fils de Livie pour se résoudre à le sacrifier. Tibère, qui suivait tous les mouvements de son astucieux ministre avec cette sûreté de coup d'œil que l'âge augmentait encore, avait tenu à se servir de Séjan comme d'instrument, et à laisser peser sur lui la responsabilité de tant d'actes odieux et iniques, tant que les relations en apparence amicales du maître et du ministre pourraient durer. Séjan voulait régner, et il avait pu se flatter d'y parvenir, soit par mariage avec Liville, l'ex-belle-fille de Tibère, soit par association volontaire de la part de celui-ci.

    L'empereur avait vu que seulement après tous ces moyens épuisés, après toutes ces espérances détruites, son ambitieux vizir agirait pour le renverser et se mettre à sa place. Liville était morte depuis trois ans, et Tibère laissait percer à dessein le désir d'associer Séjan à sa puissance, avançant et reculant tour à tour sous des prétextes cauteleux qu'il avait toujours en réserve, mais qui enfin devaient, sinon s'épuiser, du moins commencer à impatienter fortement Séjan, quand l'empereur vit que l'instant était venu d'en finir.
    C'est Macron qu'il choisit pour cet acte, qui n'était pas sans difficulté et qui devait s'exécuter par surprise sous peine d'être manqué. Il commença par donner à Macron le commandement des cohortes prétoriennes, qui étaient sous les ordres de Séjan ; puis il le chargea d'instructions pour ceux qui devaient le seconder dans sa commission. Macron arrive de nuit à Rome, s'abouche en secret avec le consul Memnius Régulus, avec le chef des vigiles Gracisus Laco, et tous trois concertent leurs rôles pour le drame du lendemain. Le jour venu, Macron, qui ne se cache plus, se rend ostensiblement au palais, tandis que le sénat s'assemble tout près de là, au temple d'Apollon, et probablement ayant choisi pour se présenter à Séjan un moment où ce favori est entouré de telle façon qu'ils ne puissent avoir une longue conversation ensemble, il lui donne verbalement les nouvelles de Gaprée. « Est-ce que l'empereur ne m'adresse rien? - Non, à vous directement, lui dit Macron à l'oreille, comme indiscrétion confidentielle ; mais j'apporte l'ordre de votre association à la puissance tribunitienne, elle est dans sa lettre aux consuls. » Séjan le croit ; il entre radieux au sénat. Macron reste en arrière, montre aux officiers qui commandent les prétoriens autour du palais et du temple les lettres de Tibère qui le nomment leur chef en remplacement de Séjan, et, accompagnant ce discours de promesses pécuniaires ou autres, les renvoie du poste. Les hommes de Laco les remplacent aussitôt.

    Il entre ensuite au sénat, et remet la lettre impériale aux consuls ; puis, quittant le temple où siège l'illustre assemblée, et recommandant à Laco d'avoir l'œil à tout, et, au premier signe du consul, de faire saisir Séjan, il court au camp des prétoriens pour prévenir toute opposition de leur part. On peut présumer les moyens qu'il employa. Tout fut accompli de point en point comme l'avait désiré Tibère, et à l'aide de ces formes expéditives avec lesquelles, en Orient, moyennant quelques chiaoux cachés et qui se montrent à l'instant donné, un pacha fait arrêter et étrangler le sultan dont on est las (voy. SÉJAN). Le tout-puissant ministre renversé, le sénat, aux acclamations duquel il était entré dans la salle, aux acclamations duquel il en était sorti pour mourir, voulut décerner à Macron les insignes prétoriaux. L'agent de Tibère, étant trop circonspect pour recevoir une récompense d'un autre que de son maître, déclina cet honneur. Effectivement, Tibère le laissa simple chevalier, tout en lui accordant un grand pouvoir qui n'approchait pas toutefois de celui de Séjan. Macron, élevé au commandement des cohortes prétoriennes, par un exploit qui ressemblait fort à un guet- apens, ne se montra pas plus scrupuleux que Séjan. Tibère haïssait un Mamercus Scaurus, poète et sénateur, qui, dans une tragédie intitulée Atrée, avait eu le malheur de laisser tomber bon nombre de vers que le public avait appliqués à Tibère, tous ceux, par exemple, où il s'agissait de tyran bourreau de sa propre famille.

    Macron se chargea de cette vengeance ; et, quoique au besoin on eût fort bien pu qualifier de crime capital des allusions à l'empereur, comme il était dans le caractère de Tibère de n'aller jamais par le droit chemin et de ne jamais dire sa vraie pensée, Scaurus fut accusé d'avoir été l'amant de Liville (ce qui voulait dire d'avoir pensé à l'empire, puisque les mêmes liaisons avaient été des griefs contre Séjan), et d'avoir vaqué avec cette princesse à des sacrifices magiques.

    Scaurus se tua, et ainsi se réalisa le bon mot de Tibère : « Ah ! il a fait Atrée ; je vais faire Ajax. » C'est ainsi que dans la facétie Tibère laissait quelquefois entrevoir ses vrais motifs. Cependant, déjà plus que septuagénaire, il ne pouvait vivre bien longtemps. Macron eût bien voulu s'assurer les bonnes grâces au successeur présomptif, Caligula, élevé à Caprée, et sous l'œil de Tibère. Pour y réussir, il ne trouva rien de mieux que de se faire représenter auprès de lui par sa femme Ennia, qui n'eut aucune peine à se faire goûter de ce jeune voluptueux, mais qui, si elle eût eu le dessein de, se faire épouser par lui, n'aurait guère eu de moyens d'y réussir : il est vrai que Caligula était veuf de sa première femme Claudia, et d'ailleurs deux répudiations n'étaient pas plus difficiles qu'une ; mais il eût fallu que l'empereur permît et que le prince attendît en désirant. Il n'en fut donc rien.
    On sait comment se passèrent les dernières semaines de Tibère, plus cassé, plus défiant et cruel que jamais, et quelquefois en proie à de longues syncopes. Enfin on le crut mort, il n'était qu'en léthargie ; mais déjà Caligula était salué Auguste à grands cris par la foule des courtisans, quand tout à coup un bruit sinistre glace les assistants : « Tibère revient ! Tibère n'est pas mort ! » Prince et courtisans, tous avaient perdu la tête : seul, Macro intrepidus, dit Tacite, renvoie ceux qui sont de trop, fait fermer les portes de l'appartement, et, entrant dans la chambre du malade, fait empiler sur lui des matelas. Il n'en sortit que pour dire à Caligula : « Cette fois, vous êtes bien empereur.
    Nous ne pensons pas que Macron ait ainsi beaucoup avancé les jours de son maître ; mais peut-être sauva-t-il Caligula et d'autres encore de quelque coup tragique, car la haine pour l'héritier augmentait chez Tibère au point d'être une frénésie. Ce service signalé n'eut pas longtemps la récompense que Macron en espérait.

    Il eut encore part à sa faveur jusqu'à la condamnation d'Anuntius et d'Albucica. Mais les prodigalités inouïes et folles de Caligula, les insultes impolitiques qu'il prodiguait à des hommes éminents, sa cruauté gratuite (si différente des cruautés systématiques de Tibère), trouvèrent bientôt, dit-on, en lui un censeur. Sans doute, il y avait dans tant de fautes de quoi faire trembler pour la durée du pouvoir de celui qui en usait ainsi. Mais ne serait-ce pas plutôt que son crédit baissait et qu'Ennia n'était plus des parties de plaisir, ou bien serait-ce aussi que, prévoyant la prompte fin d'un règne si absurde, il voulait se ménager un parti pour profiter des événements et peut-être pour succéder? On ne peut en rien savoir : le fait est que, las de lui ou le craignant, Caligula le nomma préfet d'Egypte (n'est-ce pas là, disait-il, le comble des honneurs d'un chevalier, à ce que disait Auguste) mais comme il ne se hâtait pas de partir, l'empereur l'impliqua dans une conspiration ; et Macron ne vit plus d'autre ressource que de se donner la mort.
    Valentin Parisot.

    « La péninsule ibérique à la fin de l'empire romain, et après.La naissance de l'Histoire. »

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