• Joseph Nasi.

    J’aime trouver dans les livres d’Histoire des personnages qui méritent d’être remis en lumière.
    C’est le cas de Joseph NASI, parfois orthographié Josef Nassi.
    Paul  Grunebaum Ballin lui a consacré un livre paru en 1968 sous le titre Joseph Naci, duc de Naxos.
    Le personnage apparait aussi dans La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II de Fernand Braudel  ainsi que dans La République du Lion d’Alvise Zorzi.

    Nasi était un Juif portugais qui naquit vers 1520 dans une famille marrane alliée à celle des riches banquiers Mendez. Son premier nom fut João Miguez.
    Quand les Rois catholiques avaient expulsé les Juifs d’Espagne, plusieurs membres de la famille Nassi avaient émigré au Portugal. Là, contraints de se faire chrétiens, ils avaient adopté des noms portugais, lancé un florissant commerce de pierres précieuses, et créé une importante société bancaire qui, dans la seconde décennie du XVIe siècle, avait étendu ses ramifications jusqu’à Anvers. Il avait suivi  très jeune à Anvers sa tante, Béatrice de Luna, qui lui confia de bonne heure la gestion des affaires familiales dans cette ville. En 1535, donã Gracia Nasi, veuve du chef de l’entreprise, Francisco Mendez, partait pour la cité flamande avec sa fille Reina et son neveu João Miguez. Suite à un différend grave, et regrettable, avec la régente des Pays-Bas, la vieille Mendez avec sa fille et son neveu durent de nouveau s’exiler. Voici donc les Nassi réfugiés à Venise.  Mais ils arrivèrent en un bien triste moment : la République connaissait une des rares périodes où elle persécuta les Maranes. La vieille dame est arrêtée, on confisque les biens des Mendez, le reste de la famille se réfugie à Ferrare. À l’exception de João Miguez qui s’enfuit à Constantinople, se fait présenter au sultan par son médecin qui est un juif espagnol comme lui, et Soliman le Magnifique, qui ne demande pas mieux que d’associer à sa fortune personnelle les immenses disponibilités de la société Mendez, fait la grosse voix. Venise, la Sérénissime Seigneurie, prend peur, donã Gracia est remise en liberté, les biens sont restitués et João s’établit définitivement, en 1553, à Constantinople après avoir abjuré le christianisme imposé et repris son véritable nom, Josef Nasi.

    À Constantinople, aux côtés de Selim qui l’admire et l’écoute, Josef Nassi caresse un rêve audacieux et anachronique pour l’époque, un rêve qui en fait un précurseur du sionisme : donner une patrie aux Juifs. Ce rêve justifie ses actions et Venise est sa première cible. Soliman lui donna le gouvernement de la ville de Tibériade, en Palestine. Il lança la reconstruction de l’ancienne cité et entreprit de réinstaller les Juifs en Terre promise. Mais le premier bateau qui amenait des immigrants d’Europe fut capturé par des pirates, et Joseph Nasi renonça à son projet.
    Sa faveur augmente encore sous le règne de Sélim II, devenu sultan en 1566.
    Selim II Mest était un ivrogne invétéré, un personnage influençable de surcroît. En échange de services diplomatiques importants — Joseph Nasi joue par exemple un rôle de premier plan dans les négociations de paix entre la Pologne et la Turquie en 1562 — Selim II se l’attache à sa suite et le couvre de bienfaits : Nasi reçoit le monopole de l'importation des vins par le Bosphore et surtout les titres de duc de Naxos et comte d'Andros.  Joseph Nasi  fait administrer ses terres depuis son palais du Belvédère à Constantinople.  Ce dernier dirigea alors pratiquement la diplomatie turque. Très hostile à Venise, c’est lui qui inspira l’attaque des Ottomans contre Chypre, en 1570. La belle île de Chypre avait été  vendue à Venise par Catherine Cornaro, veuve de Jacques III et héritière des Lusignan rois de Chypre depuis 1192, en 1489. Quelque quatre-vingts ans plus tard les Turcs en prirent possession et l’île tomba dans un état lamentable. Elle devint un port d’escale et de ravitaillement pour les escadres de la Sublime Porte. Après la mort de Sélim II en 1574, le rôle de Joseph Nassi devint plus effacé. Il passa les dernières années de sa vie dans son palais du Belvédère, près de Galata, où il mourut le 2 août 1579.

    Venise avait perdu définitivement le royaume de Chypre, même après la victoire de Lépante du 7 octobre 1571 ! Le succès de Lépante ne fut pas exploité, car son but initial était de reprendre Chypre, mais il eut un retentissement psychologique considérable en mettant fin à la réputation d’invincibilité des Ottomans.

    La bataille de Lépante.
    Son déroulement est raconté dans beaucoup de textes.
    À la fin des combats le golfe de Patras est couvert de milliers de cadavres. Du côté des chrétiens on évalue les pertes à 7500 hommes dont 4800 dans les effectifs vénitiens, qui comptaient de nombreux rameurs grecs et prisonniers barbaresques. Il y a près de 20000 blessés. Les pertes ottomanes sont difficiles à chiffrer ; au moins 8000 morts dans les combats mais beaucoup de fuyards se sont réfugiés sur les côtes, où bon nombre furent massacrés par les habitants chrétiens. On a délivré près de 15000  esclaves, en majorité des Grecs.
    Parmi les blessés se trouve un jeune volontaire de vingt-trois ans qui assurait le commandement d’une escouade de douze hommes. C’est Cervantès, le futur auteur de Don Quichotte. Il a reçu deux blessures dont l’une occasionnera, écrira-t-il, « la perte de ma main gauche, pour l’honneur de la droite ».

    Venise avait été le principal artisan de la victoire de Lépante. Mohamed Sokolli, le grand vizir, résuma de manière imagée mais exacte la portée de l’événement dans la conversation avec l’ambassadeur vénitien  Marcantonio Barbaro : « Il y a une grande différence entre notre situation et la vôtre. La perte d’une flotte n’est pour mon sublime empereur que ce que serait la barbe à un homme qui se la fait couper et à qui elle repousse ; mais la perte de l’île de Chypre est pour les Vénitiens comme la perte d’un membre qui ne revient plus quand il a été retranché. »
    En effet, dès l’année suivante, l’amiral Kilidj-Ali remit en mer, sous les yeux de Sélim, une flotte nouvelle, et revint braver ses ennemis.
    Et Chypre restera aux Ottomans jusqu'en 1878.

     

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  • Commentaires

    2
    Vendredi 4 Janvier à 11:02

    coucou JP je ne suis plus vraiment sur le blog mais je tenais à faire un petit passage pour te présenter tous mes meilleurs voeux pour 2019 pour toi et ta petite famille

    Baïne

      • Samedi 5 Janvier à 11:47

        Coucou Baine.
        Merci pour tes vœux.
        Je souhaite une bonne année et une bonne santé à toi ainsi qu'aux tiens.

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